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Tendances & enjeux

Le leadership authentique

Robert Ziegler

Robert Ziegler

Robert Ziegler est coach, consultant et animateur à Halifax, Nouvelle-Écosse. Sa passion est de soutenir une communication qui suscite des changements positifs dans la culture organisationnelle, et qui engendre l'innovation et l'action stratégique. Cofondateur et ancien codirecteur de l'institut sans but lucratif Shambhala Institute for Authentic Leadership, il a siégé au conseil d'administration de plusieurs organisations communautaires, notamment Envision Halifax, une initiative innovatrice pour le leadership communautaire.


Depuis environ dix ans, la notion de « leadership authentique » capte l’attention des gestionnaires, des consultants et des cadres. Beaucoup de livres et d’articles (tels que celui-ci) ont été rédigés au sujet du leadership authentique. On retrouve également un grand nombre de programmes de formation qui se proposent de cultiver le leadership authentique et qui sont dispensés par des instituts ou des centres qui se consacrent exclusivement à la formation au leadership authentique.


Mais qu’est-ce que le leadership authentique? Et pourquoi y a-t-il un tel emballement à ce sujet?

Un principe intéressant est à la base du leadership authentique; voici comment l'expose Bill George, auteur de Authentic Leadership : « Le leadership relève de l'authenticité d'une personne, ce n'est pas une question de style. » En d'autres termes, pour cultiver le leadership, il ne s'agit pas surtout d'acquérir certaines caractéristiques ou d'essayer d'imiter quelqu'un d'autre, mais plutôt de prendre conscience de ses propres capacités et de son caractère, de les améliorer et de les renforcer. Beaucoup de styles de leadership sont possibles et efficaces; il est faux de penser qu'il n'y a qu'un style qui puisse donner de bons résultats.

Un autre principe clé du leadership authentique est qu’il ne se manifeste pas de façon spontanée: il faut du temps pour cultiver l’authenticité — ainsi, pour savoir si on supporte bien la pression, il faut avoir été éprouvé par certains événements. La modestie d’une personne découle habituellement d’une douloureuse expérience, un certain échec subi en raison d’un manque de modestie. Et cela peut prendre du temps avant qu’on puisse développer la passion et l’engagement qui permettront d’affronter les hauts et les bas d’une journée éprouvante. Pour qu’une personne s’engage à fond, il ne suffit pas toujours qu’elle travaille pour une organisation vertueuse qui a des objectifs vertueux — il doit y avoir une certaine harmonie entre, d’une part, les engagements d’une organisation et, d’autre part, les engagements et la passion de la personne. Et cette personne doit également pouvoir exprimer sa passion.

 

Cultiver un leadership authentique


Dire d’un genre de leadership qu’il est à la fois inhérent et cultivé est paradoxal, mais il faut du temps, de la pratique et de la persévérance pour vivre sa propre authenticité. Comment pouvons-nous cultiver un leadership authentique en nous-même et dans les autres? Voici quelques suggestions qui peuvent servir de point de départ.


« Un bon leader » : Il convient de réfléchir régulièrement à vos propres valeurs et d’examiner dans quelle mesure votre comportement y est fidèle. Cet exercice peut être fait en particulier, il peut être dirigé par un coach (accompagnateur) ou un mentor, ou encore être effectué dans le cadre d’un atelier. Un « bon leader » doit également pratiquer l’autodiscipline et être cohérent — est-ce que notre comportement avec nous-même, avec nos amis et avec notre famille répond à ces critères? Il est très utile de se reposer et de rétablir le contact avec soi-même afin de pouvoir diriger avec un esprit éclairé et calme, c’est-à-dire un esprit qui fait preuve continuellement d’un bon jugement.


« Un leader modeste » : On peut cultiver un esprit ouvert et un cœur ouvert tant dans le cadre de son développement personnel ou professionnel que dans le cadre du développement organisationnel. Selon ma propre expérience, on peut beaucoup favoriser l’ouverture en posant tout simplement les bonnes questions et en créant les conditions d’un dialogue ouvert. Choisissez des moments stratégiques où on peut mettre de côté le programme prévu pour inviter les gens à formuler leurs plus grandes sources de préoccupation. La « modestie » est aussi liée à l’état des relations personnelles. Il arrive parfois que le travail nous fasse oublier que nous travaillons avec des êtres en chair et en os, qui ont leur vie personnelle. Examinez dans quelle mesure vous êtes uni aux personnes qui vous entourent — collègues, conjoint, amis, collectivité — et pensez à ce que vous pourriez faire pour renforcer ces liens d’une façon authentique.


« Un leader dévoué » : Je crois que toute personne a un grand désir d’apporter sa propre contribution, mais que certaines situations refrènent ce désir ou l’étouffent purement et simplement. Il peut être utile de définir ce qui donne un sens à votre vie — lequel va bien au-delà de votre propre personne — et de peaufiner cette définition. Si votre environnement refrène votre désir de vous dévouer, essayez de découvrir des exceptions positives et tirez-en profit; mais si cela n’est pas possible, il vaut mieux changer de milieu.


Peut-on mesurer l’authenticité?


Le développement au leadership est en grande partie basé sur des compétences et des habiletés mesurables, notamment analytiques, stratégiques, sociales, communicatives, et la capacité à exercer une influence. Ces compétences et habiletés sont bien sûr importantes, mais quant à l’authenticité, il est très difficile de la mesurer. Nous le faisons toujours, bien sûr, lorsque nous décidons quelle personne nous voulons suivre et quelles autres nous préférerions ne pas suivre. Toutefois, si nous voulions essayer d’« institutionnaliser » l’authenticité, nous nous buterions à de sérieux obstacles.


Il est plus efficace de remarquer ce que les gens font de mieux et de les apprécier pour cela. Par exemple, lorsqu’une personne présente un point de vue divergent lors d’une réunion, la meilleure attitude peut être de s’arrêter pour apprécier le courage et l’intégrité que peut supposer ce commentaire. Accordons-nous de l’importance à l’équilibre entre la vie personnelle et le travail? Lorsque nous devons prendre des décisions difficiles, nous référons-nous à nos valeurs personnelles et aux valeurs organisationnelles? Voilà les signes d’une organisation authentique.



Une liste de vérification utile


S’il est si difficile de définir l’authenticité, comment savoir si nous faisons des progrès quant à notre leadership?

Des signes évidents nous permettent de juger si quelqu’un est un bon leader, s’il est modeste et dévoué, et cela sur une base continue. On trouvera ci-dessous une liste de tels signes. Vous pouvez vous servir de cette liste comme d’un baromètre et, si vous découvrez des lacunes, je vous suggère de vous poser cette question : « Des trois principes de base (bon leader, modeste, dévoué), lequel dois-je renforcer afin que ce symptôme se manifeste plus pleinement dans ma vie et dans mon travail? » En bref, rappelez-vous que les principes de base sont les causes, tandis que les signes sont les symptômes.


Intimes. Un leader doit pouvoir s’ouvrir totalement à une ou à quelques personnes. Une telle relation aide à toutes les autres relations.

Amis insondables. Un leader doit avoir des amis qui lui donnent des conseils avisés et directs, ce qui veut dire qu’ils n’essaient pas de l’apaiser ou de le flatter, et n’utilisent pas de formules toutes faites. Ils sont sincères et spontanés. Il peut s’agir d’accompagnateurs, de mentors ou simplement d’amis avertis.

Protecteurs. Un leader authentique a besoin de personnes qui se préoccupent de lui et qui le protègent.

Dévouement. Un leader authentique est suffisamment motivé pour persévérer malgré les difficultés.

Stabilité. Un leader authentique a la paix d’esprit et les pieds sur terre, attitude cultivée grâce à l’autodiscipline.

Générosité. Un leader authentique est accueillant, il a le sens de l’humour et il est ouvert.

Être aux commandes de sa propre vie. Un leader authentique a le sentiment qu’il peut réussir sa vie et sa carrière, malgré tous les hauts et les bas. Il se sent rarement victime et éprouve rarement du ressentiment.


Encore une fois, ces caractéristiques distinguent les gens qui sont de bons leaders, modestes et dévoués.



Pourquoi donc cet emballement au sujet du leadership authentique?


Dans mon travail en tant que coach et consultant, je rencontre souvent des gens et des organisations qui s’efforcent de trouver des moyens pour exercer une influence plus importante et plus bénéfique. Il semble souvent que les normes organisationnelles étouffent ce qu’il y a de meilleur dans les gens. Et il arrive parfois que des personnes ne réussissent pas à s’unir en vue d’atteindre les objectifs organisationnels. J’ai été alarmé de voir un grand nombre de jeunes leaders quitter d’importantes institutions, car ils étaient désireux de contribuer davantage à la société, bien que sur une plus petite échelle. Il y a donc de nombreux moyens par lesquels les gens cherchent à apporter leur propre contribution, et cela de la façon la plus authentique possible.

Ma théorie personnelle est que nous entrons dans une ère où nous devons affronter des défis très importants et très complexes, et qui sont évidents pour tous : le réchauffement de la planète, la malnutrition chez les enfants et les échecs du système sur tant de plans. Le côté positif, c’est qu’un grand nombre d’entre nous éprouvent un sentiment d’urgence, une urgence qui vient à bout de notre suffisance. Une urgence qui fait appel à toutes nos compétences et habiletés, de même qu’à notre authenticité.